Vous pratiquez la permaculture et vous cherchez à fermer les boucles de nutriments de votre système ? Le bokashi est probablement le chaînon manquant que vous attendiez. Cette technique de fermentation japonaise répond à plusieurs principes fondamentaux de la permaculture.
La permaculture nous enseigne que les déchets d'un élément doivent devenir les ressources d'un autre. Que rien ne doit quitter le système. Que chaque composant doit remplir plusieurs fonctions. Le bokashi coche toutes ces cases : il transforme 100% des déchets de cuisine en fertilisant, produit un jus aux usages multiples, et inocule le sol de micro-organismes bénéfiques.
Mais au-delà de la théorie, comment intégrer concrètement le bokashi dans un design permacole ? Comment le combiner avec le compost et le lombricompost ? Et surtout, comment l'utiliser pour régénérer un sol fatigué ? C'est ce que nous allons explorer dans ce guide complet, pensé pour les permaculteurs qui veulent pousser leur système vers plus d'autonomie et de résilience.
Le bokashi répond aux principes de la permaculture
David Holmgren a défini 12 principes fondamentaux qui guident la conception en permaculture. Ce qui est fascinant avec le bokashi, c'est qu'il répond naturellement à plusieurs d'entre eux, sans qu'on ait besoin de forcer les choses. C'est un outil qui semble avoir été conçu pour la permaculture, même si ses origines sont bien plus anciennes.
Capter et stocker l'énergie
Les épluchures de légumes, les restes de repas, le marc de café... tous ces "déchets" contiennent de l'énergie solaire stockée sous forme de nutriments et de carbone. Quand vous jetez ces matières à la poubelle, vous gaspillez cette énergie. Quand vous les compostez de manière classique, vous en perdez 30 à 50% par volatilisation (l'azote s'évapore, le carbone part en CO2).
Le bokashi, lui, capture et préserve jusqu'à 95% de cette énergie. La fermentation anaérobie ne dégrade pas la matière : elle la transforme tout en conservant ses nutriments. Quand vous enterrez votre bokashi fermenté, vous restituez au sol pratiquement toute l'énergie que les plantes avaient initialement captée du soleil. C'est un système de stockage remarquablement efficace.
Ne produire aucun déchet
C'est sans doute le principe où le bokashi excelle le plus. Contrairement au compost classique qui refuse certains déchets (viande, poisson, produits laitiers, agrumes en excès), le bokashi accepte absolument tout ce qui est organique. Les os de poulet de votre rôti dominical ? Dans le bokashi. Les coquilles de crevettes de votre plateau de fruits de mer ? Dans le bokashi. Les restes de fromage moisi oubliés au fond du frigo ? Dans le bokashi.
Pour le permaculteur qui cherche à atteindre le zéro déchet alimentaire, c'est une révolution. Plus besoin de trier entre ce qui "va au compost" et ce qui "ne peut pas y aller". Tout retourne à la terre, sans exception. Votre poubelle organique devient vide, et votre sol devient riche.
Utiliser les bordures et valoriser la marge
En permaculture, on sait que les interfaces (bordures, lisières, marges) sont des zones particulièrement productives. On sait aussi que les éléments "marginaux" — ceux que les systèmes conventionnels rejettent — ont souvent une valeur cachée. Le bokashi illustre parfaitement ce principe.
Les agrumes, trop acides pour le compost ? Leur acidité ne pose aucun problème au bokashi, et leurs huiles essentielles enrichissent le mélange final. Les oignons et l'ail, qui perturbent les vers du lombricompost ? Les micro-organismes du bokashi les digèrent sans souci. La viande et le poisson, interdits au compost pour éviter les nuisibles ? Enfermés dans le seau anaérobie, ils fermentent tranquillement sans attirer le moindre rat. Ce qui était "marginal" devient central dans votre gestion de la fertilité.
Intégrer plutôt que séparer
Le bokashi ne remplace ni le compost, ni le lombricompost : il les complète et les renforce. Ajouté au tas de compost, il accélère la décomposition et enrichit le mélange en micro-organismes. Donné aux vers de terre (une fois neutralisé), il leur fournit une nourriture pré-digérée qu'ils adorent. Les trois systèmes fonctionnent en synergie, chacun apportant ce que les autres n'ont pas.
C'est exactement ce que recherche la permaculture : des connexions bénéfiques entre les éléments, où 1+1+1 ne fait pas 3 mais 10. Le bokashi devient le liant qui intègre les différentes méthodes de compostage en un système cohérent et puissant.
💡 Un élément, plusieurs fonctions : Le bokashi produit (1) un fertilisant solide, (2) un engrais liquide, (3) un inoculant microbien pour le sol, (4) un accélérateur de compost, et (5) un nettoyant naturel pour les canalisations. Cinq fonctions pour un seul outil : c'est du design permacole pur.
Le bokashi dans le zonage permacole
En permaculture, on organise l'espace en zones concentriques selon la fréquence des visites nécessaires. La zone 0, c'est la maison. La zone 1, le jardin intensif qu'on visite plusieurs fois par jour. Et ainsi de suite jusqu'à la zone 5, l'espace sauvage qu'on laisse évoluer seul. Où placer le bokashi dans ce zonage ?
Zone 0 : La maison
C'est là que tout commence. Sur votre plan de travail ou sous l'évier, un petit seau collecteur accueille les déchets au fil de la journée. C'est votre point de collecte, visité à chaque préparation de repas. Ce seau intermédiaire vous évite d'ouvrir le seau bokashi principal à chaque épluchure — ce qui limiterait l'entrée d'oxygène.
Le seau bokashi principal, lui, trouve sa place dans la cuisine, le cellier ou le garage attenant. L'idéal est un endroit frais (la fermentation est plus lente et plus contrôlée), accessible (vous le videz quotidiennement) et discret (même si un bokashi bien géré ne sent pas, mieux vaut qu'il soit hors de vue des invités).
Le jus récolté peut être stocké au réfrigérateur dans une bouteille fermée pendant 2-3 semaines. Gardez-le à portée de main : vous l'utiliserez régulièrement pour vos plantes d'intérieur ou pour entretenir les canalisations.
Zone 1 : Le jardin de cuisine
C'est la zone des herbes aromatiques, des salades, des légumes à récolte quotidienne. C'est aussi l'emplacement idéal pour votre "fabrique à terre" — ce bac où le bokashi fermenté se transforme en terreau en se mélangeant à de la terre.
Pourquoi en zone 1 ? Parce que la fabrique à terre demande une surveillance régulière (vérifier l'humidité, brasser de temps en temps) et parce que le terreau produit servira d'abord aux plantes de cette zone. Le jus de bokashi dilué arrose vos aromatiques et vos plants en godets. Tout reste proche, accessible, interconnecté.
Si vous avez une serre ou une véranda, c'est également un excellent emplacement pour la fabrique à terre : la chaleur accélère la transformation, et l'espace est déjà dédié aux plantes.
Zone 2 : Le potager intensif
C'est la destination principale de votre bokashi fermenté et le cœur de votre production alimentaire. Les tranchées de bokashi enrichissent les planches de culture avant les plantations de printemps. Le bokashi enterré au pied des tomates, courgettes et courges nourrit ces légumes gourmands tout au long de la saison.
Le cycle se boucle naturellement : les légumes du potager finissent dans votre assiette, leurs épluchures dans le bokashi, le bokashi dans le potager. Aucun nutriment ne quitte le système. C'est ce qu'on appelle un cycle fermé, et c'est exactement ce que recherche la permaculture.
En cours de saison, le jus de bokashi dilué (1:100) vient compléter les apports. Une fois par semaine, arrosez au pied des légumes les plus exigeants. Vos tomates vous le rendront en fruits juteux et savoureux.
Zone 3 : Verger et compost
Plus on s'éloigne de la maison, moins les interventions sont fréquentes. En zone 3, le bokashi trouve deux utilisations principales : l'enrichissement des arbres fruitiers et la combinaison avec le compost.
Au pied de vos arbres, enterrez du bokashi fermenté à la limite de la couronne (là où se trouvent les racines nourricières). Un apport annuel au printemps ou à l'automne suffit. Les arbres fruitiers sont des plantes vivaces : ils ont le temps d'absorber progressivement les nutriments.
Pour le compost, c'est ici que la magie opère vraiment. Les déchets de jardin (feuilles mortes, tailles de haie, tontes de gazon) représentent des volumes importants que le bokashi seul ne peut pas gérer. Mais quand vous ajoutez du bokashi fermenté au tas de compost, vous y introduisez des milliards de micro-organismes actifs qui accélèrent spectaculairement la décomposition.
🌳 Astuce fruitiers : Pour vos jeunes arbres fruitiers plantés dans un sol pauvre, creusez 4 trous de 20 cm de profondeur à 50 cm du tronc (en carré), remplissez-les de bokashi, rebouchez. Renouvelez chaque automne pendant 3 ans. Vos arbres démarreront avec une vigueur impressionnante.
Zones 4 et 5 : Les espaces extensifs
Dans les zones semi-sauvages et sauvages, le bokashi n'a généralement pas sa place : ces espaces fonctionnent seuls, avec leurs propres cycles naturels. Cependant, il peut y avoir des exceptions.
Si vous récupérez une friche ou une terre agricole dégradée, une inoculation initiale au bokashi peut relancer la vie du sol plus rapidement que la nature seule. De même, lors de nouvelles plantations d'arbres ou d'arbustes en zone 4, un apport de bokashi au trou de plantation donne un coup de pouce aux jeunes plants.
Mais une fois le sol régénéré et les plantes établies, ces zones n'ont plus besoin d'apports extérieurs. La permaculture vise précisément cet objectif : des systèmes autonomes qui s'entretiennent eux-mêmes.
Créer des cycles fermés avec le bokashi
L'objectif ultime de tout design permacole est de fermer les cycles : aucune ressource ne quitte le système, aucun intrant extérieur n'est nécessaire. Le bokashi est un outil puissant pour y parvenir, mais encore faut-il comprendre comment les différents flux s'articulent.
Le cycle principal : cuisine-jardin-cuisine
Visualisez ce cycle comme une roue qui tourne en continu, alimentée par l'énergie solaire :
- Cuisine → Bokashi : Chaque jour, vos épluchures, restes de repas et déchets alimentaires rejoignent le seau bokashi. Rien ne part à la poubelle.
- Bokashi → Sol : Toutes les 2-3 semaines, le seau plein est vidé. Le bokashi fermenté est enterré dans une tranchée au potager ou ajouté à la fabrique à terre.
- Sol → Plantes : Les micro-organismes du sol transforment le bokashi en humus. Les nutriments deviennent disponibles pour les plantes. Vos légumes poussent, nourris par vos anciens déchets.
- Plantes → Cuisine : Vous récoltez tomates, courgettes, salades. Ces légumes arrivent dans votre assiette, chargés des nutriments que vous avez recyclés.
- Cuisine → Bokashi : Les épluchures de ces légumes retournent au seau. La boucle est bouclée.
Ce cycle peut fonctionner indéfiniment. Plus vous le faites tourner, plus votre sol s'enrichit, plus vos récoltes sont abondantes, plus vous avez de "déchets" à recycler. C'est un cercle vertueux auto-amplifiant.
Le cycle secondaire : le jus de bokashi
Le jus récolté au robinet du seau est un sous-produit précieux qui a son propre cycle d'utilisation :
- Jus → Plantes d'intérieur : Dilué à 1:100, le jus nourrit vos plantes vertes et fleuries. Elles restent luxuriantes sans acheter d'engrais.
- Jus → Aromatiques : Vos herbes de cuisine en pot apprécient un apport mensuel. Basilic, persil et ciboulette deviennent plus parfumés.
- Jus → Canalisations : Non dilué, le jus versé dans les éviers et lavabos entretient les tuyaux. Les micro-organismes digèrent les dépôts organiques et éliminent les mauvaises odeurs.
- Jus → Compost : Arrosé sur le tas, il active la décomposition. Les micro-organismes du bokashi colonisent le compost et accélèrent tout le processus.
- Jus → Potager : En période de croissance, le jus dilué (1:100) fertilise les légumes les plus gourmands.
Rien n'est perdu, tout est utilisé. Même le sous-produit a ses propres cycles de valorisation.
Le cycle combiné : bokashi + compost + lombricompost
Dans un système permacole complet, les trois méthodes de compostage travaillent ensemble, chacune traitant ce qu'elle gère le mieux :
| Type de déchet | Destination | Produit final |
|---|---|---|
| Déchets cuisine (tout) | Bokashi | Matière fermentée + jus |
| Déchets jardin (gros volumes) | Compost | Humus grossier |
| Bokashi + déchets fins | Lombricompost | Lombricompost fin |
| Compost mûr | Lombricompost (finition) | Super-amendement |
Le bokashi pré-digère les déchets de cuisine et les rend assimilables. Le compost traite les volumes de jardin et produit un humus de base. Le lombricompost affine le tout en un amendement de qualité supérieure. Les jus (bokashi et lombricompost) activent mutuellement les différents tas.
Ce système à trois étages est d'une efficacité remarquable : aucun déchet organique ne peut y échapper, et le produit final est supérieur à ce que chaque méthode produirait seule.
Régénérer un sol dégradé avec le bokashi
La régénération des sols est un objectif central de la permaculture. Un sol vivant est la base de tout système alimentaire résilient. Malheureusement, beaucoup de terres ont été épuisées par l'agriculture conventionnelle, le surpâturage ou simplement l'abandon. Le bokashi peut jouer un rôle majeur dans leur restauration.
Reconnaître un sol dégradé
Avant de régénérer, il faut diagnostiquer. Un sol dégradé présente généralement plusieurs de ces symptômes : une structure compacte et croûteuse en surface, une couleur pâle (gris ou beige au lieu du brun foncé), une absence quasi-totale de vers de terre, une eau qui stagne ou ruisselle au lieu de s'infiltrer, des plantes qui peinent à pousser malgré les arrosages.
Si vous retournez une pelletée de cette terre, vous ne sentirez pas cette odeur caractéristique de "terre de forêt". Vous verrez peu ou pas de vie : pas de vers, pas d'insectes, pas de filaments blancs de mycélium. C'est un sol biologiquement mort, et il va falloir le ressusciter.
Le bokashi comme inoculant microbien
La première chose dont un sol mort a besoin, c'est de vie. Le bokashi apporte des milliards de micro-organismes efficaces (EM) : bactéries lactiques, levures, bactéries photosynthétiques... Ces pionniers vont coloniser le sol et créer les conditions favorables au retour d'une vie plus diverse.
Les micro-organismes du bokashi ne sont pas là par hasard. Les bactéries lactiques produisent des acides organiques qui libèrent les nutriments bloqués dans le sol. Les levures sécrètent des hormones de croissance qui stimulent les racines. Les bactéries photosynthétiques peuvent fixer l'azote atmosphérique. Ensemble, ils relancent les cycles biogéochimiques que l'agriculture conventionnelle avait interrompus.
Protocole de régénération intensive
Pour régénérer rapidement une terre dégradée, voici un protocole éprouvé qui combine bokashi, paillage et cultures de couverture :
- Analyse initiale : Observez le sol (structure, couleur, vie visible). Faites éventuellement une analyse en laboratoire pour connaître le pH et les carences.
- Décompactage léger : Si le sol est très dur, passez une grelinette (pas de bêche qui retournerait les couches). L'objectif est d'aérer sans perturber la stratification.
- Apport massif de bokashi : Étalez 4-5 kg/m² de bokashi fermenté en surface. Ne l'enterrez pas : les vers et les insectes s'en chargeront.
- Paillage épais : Recouvrez de 15-20 cm de paille, foin, BRF ou feuilles mortes. Ce paillage protège le sol, maintient l'humidité et nourrit la vie.
- Arrosage au jus : Diluez le jus de bokashi à 1:50 (plus concentré que d'habitude) et arrosez généreusement toutes les 2 semaines pendant 3 mois.
- Semis d'engrais verts : Dès que possible, semez un mélange diversifié : phacélie, moutarde, trèfle, vesce, seigle. Ces plantes colonisent le sol et nourrissent la vie souterraine.
- Patience et observation : Laissez travailler pendant 3-6 mois. Observez le retour de la vie : vers de terre, insectes, mycorhizes.
Ce protocole peut transformer une terre morte en sol vivant en une seule saison. Bien sûr, la régénération complète prend des années, mais les premiers résultats sont visibles rapidement. Après quelques mois, vous verrez des vers de terre apparaître, le sol s'assombrir, la structure s'améliorer.
🌿 Astuce régénération : Les cultures de couverture sont essentielles. Leurs racines créent des canaux dans le sol compacté, leurs exsudats nourrissent les micro-organismes, et leur biomasse aérienne devient du mulch naturel. Ne sautez pas cette étape, elle démultiplie l'effet du bokashi.
Techniques permacoles avec le bokashi
La permaculture a développé de nombreuses techniques de culture (buttes, lasagnes, guildes...) qui peuvent toutes être enrichies par le bokashi. Voici comment intégrer cette fermentation japonaise dans vos pratiques permacoles.
Les buttes Hügelkultur enrichies
La butte Hügelkultur est une technique ancestrale qui consiste à enterrer du bois en décomposition sous une butte de culture. Ce bois agit comme une éponge géante qui stocke l'eau et se décompose lentement, nourrissant les plantes pendant des années.
Le bokashi peut considérablement améliorer cette technique. Lors de la construction de votre butte, alternez les couches de bois avec des couches de bokashi fermenté. Le bokashi accélère la décomposition du bois (qui peut sinon prendre des décennies) et enrichit le mélange en nutriments immédiatement disponibles. Les micro-organismes colonisent le bois et créent un écosystème souterrain incroyablement riche.
Construction d'une butte bokashi-Hügelkultur :
- Creusez une tranchée de 30-40 cm de profondeur
- Déposez les gros morceaux de bois au fond
- Ajoutez une couche de bokashi (5 cm)
- Ajoutez une couche de branchages fins
- Nouvelle couche de bokashi (5 cm)
- Feuilles mortes et matière brune (10 cm)
- Dernière couche de bokashi (5 cm)
- Terminez par 20 cm de mélange terre/compost
- Paillez généreusement et plantez immédiatement
Cette butte sera productive dès la première année (grâce au bokashi) et le restera pendant 15-20 ans (grâce au bois).
Les lasagnes de plantation accélérées
La technique des lasagnes consiste à empiler des couches de matières organiques alternées (carton, paille, compost, feuilles...) pour créer un sol riche sans bêcher. Le problème classique des lasagnes est qu'il faut attendre 3-6 mois avant de pouvoir planter, le temps que les couches se décomposent.
Le bokashi réduit ce délai à 4-6 semaines. En intercalant des couches de bokashi fermenté entre les couches classiques, vous accélérez spectaculairement la décomposition. Les micro-organismes "pré-digèrent" la matière organique et la rendent rapidement assimilable.
Recette de lasagne bokashi express :
- Couche 1 : Carton au sol (étouffe les herbes)
- Couche 2 : Bokashi fermenté (3-5 cm)
- Couche 3 : Paille ou foin (10 cm)
- Couche 4 : Bokashi fermenté (3-5 cm)
- Couche 5 : Feuilles mortes (5 cm)
- Couche 6 : Compost ou terre (10 cm)
- Paillage final : Paille (5 cm)
Arrosez généreusement avec du jus de bokashi dilué (1:50) pour activer le tout. Après 4-6 semaines, vous pouvez planter directement dans la couche supérieure de compost.
Les guildes d'arbres fruitiers
En permaculture, une guilde est un ensemble de plantes compagnes qui s'entraident autour d'un arbre central. L'arbre fruitier est entouré de fixateurs d'azote (trèfle, luzerne), d'accumulateurs dynamiques (consoude, achillée), de répulsifs (ail, ciboulette) et de couvre-sol (fraisiers).
Le bokashi trouve sa place dans ce système à plusieurs niveaux. Au printemps, enterrez du bokashi fermenté au pied de l'arbre central, sous la ligne d'égouttement. Le jus de bokashi dilué nourrit les plantes compagnes tout au long de la saison. En automne, les feuilles de l'arbre et les parties aériennes des plantes compagnes peuvent être collectées et fermentées dans le bokashi pour enrichir le cycle.
La consoude, en particulier, forme un duo puissant avec le bokashi. Cette plante accumule les nutriments du sol profond dans ses feuilles. Récoltées et ajoutées au bokashi, ces feuilles concentrent leurs minéraux dans le ferment. Le jus de bokashi à la consoude est un engrais liquide exceptionnel, particulièrement riche en potassium.
La forêt-jardin établie
Dans une forêt-jardin mature (plus de 10 ans), les cycles de fertilité fonctionnent généralement seuls : les feuilles tombent, se décomposent, nourrissent les arbres qui produisent de nouvelles feuilles. L'intervention humaine devient minimale.
Le bokashi garde toutefois quelques utilisations ciblées. Lors de nouvelles plantations (remplacement d'un arbre mort, ajout d'une espèce), un apport de bokashi au trou de plantation donne un avantage au jeune plant. Si certaines zones montrent des signes de fatigue (production en baisse, feuillage pâle), une inoculation ponctuelle peut relancer la vie du sol. Et bien sûr, vos déchets de cuisine peuvent toujours être fermentés et réintroduits dans le système, même s'il est théoriquement autonome.
Bokashi, compost et lombricompost : la trilogie gagnante
Un permaculteur avisé ne choisit pas entre les différentes méthodes de compostage : il les combine. Chacune a ses forces et ses faiblesses, et ensemble elles forment un système de gestion de la matière organique complet et résilient.
| Critère | Bokashi | Compost | Lombricompost |
|---|---|---|---|
| Force principale | Pré-digestion rapide, accepte tout | Gère les gros volumes | Produit fin et concentré |
| Déchets acceptés | Tout (viande, poisson, agrumes) | Végétaux, pas de viande | Végétaux fins, pas d'agrumes |
| Durée de traitement | 2-3 semaines de fermentation | 3-12 mois selon gestion | 2-3 mois |
| Emplacement | Intérieur ou extérieur | Extérieur uniquement | Intérieur ou extérieur ombragé |
| Produits obtenus | Matière fermentée + jus | Humus | Lombricompost + thé |
| Faiblesse | Petits volumes seulement | Lent, perd des nutriments | Fragile, restrictions alimentaires |
Le système optimal utilise les trois en cascade. Le bokashi traite tous les déchets de cuisine en quelques semaines. Le compost reçoit les déchets de jardin et le bokashi fermenté, qu'il transforme en humus au fil des mois. Le lombricompost affine le compost mûr et produit l'amendement le plus précieux, utilisé pour les semis et les plantes les plus exigeantes.
Les sous-produits liquides (jus de bokashi et thé de lombricompost) peuvent être utilisés séparément ou mélangés pour créer un super-engrais liquide. Les micro-organismes des deux sources se complètent et créent un inoculant microbien d'une richesse exceptionnelle.
🔄 Synergie maximale : Versez votre jus de bokashi sur le tas de compost et sur le lombricompost. Les bactéries lactiques du bokashi créent un environnement favorable aux vers et accélèrent la décomposition du compost. Tout le monde y gagne.
Questions fréquentes
Le bokashi est-il compatible avec la permaculture ?
Le bokashi est parfaitement compatible avec la permaculture et répond à plusieurs de ses principes fondamentaux : ne produire aucun déchet, capter et stocker l'énergie, valoriser les marges, intégrer plutôt que séparer. En permettant de fermenter tous les déchets organiques — y compris ceux que le compost classique refuse — le bokashi devient un maillon essentiel pour fermer les cycles de nutriments. De nombreux permaculteurs de renommée internationale l'ont adopté comme outil central de leur design.
Comment intégrer le bokashi dans les zones permacoles ?
Le seau bokashi trouve naturellement sa place en zone 1 (cuisine ou cellier) pour minimiser les déplacements quotidiens. Le bokashi fermenté alimente ensuite la zone 2 (potager intensif) sous forme de tranchées ou d'apports au pied des légumes gourmands. En zone 3, il peut être combiné au compost pour traiter les plus gros volumes de matière organique. Cette organisation respecte le principe permacole d'optimisation des flux et de placement stratégique des éléments selon leur fréquence d'utilisation.
Le bokashi peut-il régénérer un sol dégradé ?
Oui, le bokashi est particulièrement efficace pour régénérer les sols épuisés. Les micro-organismes efficaces (EM) relancent l'activité biologique en quelques semaines, créant les conditions favorables au retour d'une vie plus diverse. La matière organique fermentée améliore la structure et la rétention d'eau. Combiné à un paillage permanent et des cultures de couverture, le bokashi peut transformer une terre morte en sol vivant en 1-2 saisons. Les premiers signes de régénération (retour des vers de terre, assombrissement du sol) apparaissent souvent dès 2-3 mois.
Faut-il choisir entre bokashi, compost et lombricompost ?
En permaculture, on ne choisit pas : on combine ! Chaque méthode a ses forces et les trois se complètent parfaitement. Le bokashi pré-digère rapidement et traite tous les déchets y compris ceux interdits au compost. Le compost traite les gros volumes de matière végétale du jardin. Le lombricompost affine le tout en un amendement de précision pour les semis et les plantes exigeantes. Ensemble, ils forment un système complet où aucun déchet organique ne peut échapper à la valorisation.
Comment créer un cycle fermé avec le bokashi ?
Le cycle fermé bokashi fonctionne ainsi : les déchets de cuisine vont au seau bokashi, le bokashi fermenté est enterré au potager, les nutriments nourrissent les légumes, les légumes reviennent dans votre assiette, leurs épluchures retournent au bokashi. Le jus fertilise les plantes d'intérieur et entretient les canalisations (pas de chimie à acheter). Les déchets de jardin vont au compost, activé par le bokashi et le jus. Rien ne sort du système, aucun intrant n'est nécessaire (sauf l'activateur initial, lui-même fabricable maison). C'est l'autonomie complète.
Le bokashi, chaînon manquant de votre design permacole
En conclusion, le bokashi s'intègre naturellement dans la philosophie et la pratique permacoles. Il répond aux principes fondamentaux : capter l'énergie, ne produire aucun déchet, valoriser les marges, intégrer plutôt que séparer. Il trouve sa place dans le zonage, de la cuisine au verger. Il permet de créer des cycles fermés où chaque déchet devient ressource.
Mais le bokashi apporte aussi quelque chose que le compost seul ne peut pas offrir : la capacité de valoriser tous les déchets organiques sans exception, la production d'un engrais liquide immédiat, l'inoculation du sol en micro-organismes bénéfiques, et une vitesse de traitement inégalée. Pour le permaculteur qui cherche à pousser son système vers plus d'autonomie et de résilience, c'est un outil indispensable.
Que vous débutiez avec votre premier bac potager ou que vous gériez une ferme permacole de plusieurs hectares, le bokashi a sa place dans votre design. Intégrez-le à vos pratiques et observez votre sol se transformer, vos cycles se fermer, et votre système gagner en autonomie saison après saison.
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