Comprendre Mis à jour le 20 janvier 2026 · 10 min de lecture

La méthode bokashi

Guide complet du compost japonais : fermentation, déchets acceptés et mode d'emploi.

Vous cherchez une méthode de compostage adaptée à la vie en appartement, sans odeur et qui accepte tous vos déchets de cuisine — y compris la viande et le poisson ? Le bokashi est probablement la solution qu'il vous faut.

Venue tout droit du Japon, cette technique permet de transformer vos restes alimentaires en un fertilisant ultra-riche grâce à un processus de fermentation unique. Contrairement au compost traditionnel ou au lombricomposteur, le bokashi fonctionne sans vers, sans moucherons, et surtout sans mauvaises odeurs.

Dans ce guide, vous allez découvrir comment fonctionne cette méthode de compostage, quels déchets organiques vous pouvez y mettre, et comment l'utiliser au quotidien — que vous ayez un jardin, un balcon ou simplement une cuisine en ville.

Le bokashi, c'est quoi exactement ?

Le mot "bokashi" vient du japonais et signifie littéralement "matière organique fermentée". Cette méthode a été développée dans les années 1980 par le Professeur Teruo Higa à l'Université de Ryukyus, au Japon. Ses recherches sur les micro-organismes ont révolutionné notre façon de recycler les déchets organiques.

Définition et origine japonaise

Le bokashi est une méthode de compostage qui repose sur la fermentation des déchets de cuisine dans un seau hermétique. Contrairement au compostage classique où les déchets se décomposent à l'air libre, ici tout se passe en milieu fermé, grâce à l'action de micro-organismes efficaces (appelés EM).

Concrètement, un seau bokashi ressemble à un récipient de 15-20 litres équipé d'un couvercle hermétique et d'un robinet en bas pour récupérer le liquide de fermentation. Compact, ce composteur de cuisine trouve facilement sa place sous l'évier ou dans un placard.

Ce qui le différencie du compost classique

La grande différence avec un compost traditionnel ou un tas de compost au jardin, c'est que le compostage bokashi ne produit pas de décomposition mais une fermentation. La matière organique ne pourrit pas : elle est "marinée" par les bactéries lactiques, un peu comme des cornichons ou de la choucroute.

Cette particularité explique pourquoi le bokashi accepte des déchets interdits ailleurs (viande, poisson, produits laitiers) et pourquoi il ne dégage pas d'odeur de pourriture.

Comment fonctionne la fermentation bokashi ?

Le secret de cette méthode repose sur un processus de fermentation bien particulier : la fermentation anaérobie. Comprendre ce mécanisme vous aidera à réussir votre compost bokashi du premier coup.

Le principe de la fermentation anaérobie

"Anaérobie" signifie simplement "sans oxygène". Quand vous fermez hermétiquement votre seau, vous créez un environnement privé d'air. Dans ces conditions, certaines bactéries se développent et transforment la matière organique sans la faire pourrir.

Ce processus produit une acidification rapide (le pH descend autour de 3,5-4) qui stoppe toute putréfaction. C'est exactement le même principe que la lacto-fermentation utilisée pour conserver les légumes depuis des millénaires.

Le rôle des micro-organismes efficaces (EM)

Les micro-organismes utilisés dans le bokashi forment un cocktail de "bonnes bactéries" qui travaillent en synergie. On y trouve principalement des bactéries lactiques (comme dans les yaourts), des levures (comme dans le pain) et des bactéries photosynthétiques.

Ces organismes efficaces se nourrissent des glucides présents dans vos déchets et les transforment en acides lactiques. L'augmentation de cette acidité empêche le développement des bactéries responsables de la putréfaction et des mauvaises odeurs.

💡 Bon à savoir : Des moisissures blanches à la surface de votre bokashi ? Excellent signe ! Ce sont des colonies de micro-organismes bénéfiques. En revanche, des moisissures noires, vertes ou bleues indiquent une contamination — souvent due à un manque d'activateur ou un couvercle mal fermé.

Que mettre dans un composteur bokashi ?

L'un des plus grands avantages de cette méthode est sa capacité à traiter pratiquement tous les déchets de cuisine. C'est d'ailleurs ce qui distingue le composteur cuisine bokashi du lombricomposteur.

Les déchets acceptés (liste complète)

Avec le bokashi, c'est simple : presque tout y passe.

Fruits et légumes : toutes les épluchures, les fruits abîmés, les agrumes sans limite, l'oignon, l'ail, l'échalote — tout ce qui pose problème ailleurs est accepté ici.

Féculents : pain, riz, pâtes (crus ou cuits), céréales, restes de pizza ou de quiche.

Protéines animales : viande crue ou cuite, poisson, crustacés, produits laitiers (fromage, yaourt), petits os et arêtes, coquilles d'œufs. C'est l'un des rares systèmes qui accepte légumes, viande et poisson dans le même bac.

Autres : marc de café et filtres, sachets de thé, fleurs fanées, mouchoirs en papier.

Ce qu'il faut éviter

Même si le bokashi est très permissif, quelques éléments sont à éviter pour ne pas compromettre la fermentation :

Les liquides en grande quantité (soupes, sauces, huiles) risquent de noyer les micro-organismes. Les gros os ne se décomposeront jamais. Le papier et le carton sont mieux valorisés dans le recyclage classique. Et bien sûr, aucun plastique ni emballage.

Le matériel nécessaire pour démarrer

Pour vous lancer, vous aurez besoin de deux éléments essentiels : un seau adapté et de l'activateur. L'investissement de départ est modéré et le système devient vite rentable.

Le seau bokashi

Le composteur de cuisine se compose d'un seau bokashi de 15 à 20 litres avec un couvercle hermétique (indispensable pour créer les conditions anaérobies), une grille intérieure qui sépare les déchets du liquide, et un robinet en bas pour récupérer le jus.

Les modèles les plus répandus sont le Skaza Organko et le Hozelock. Comptez entre 40€ et 70€ pour un seau de qualité. L'idéal est d'investir dans un kit avec deux seaux : pendant que l'un fermente, vous continuez à remplir l'autre.

L'activateur bokashi

L'activateur — aussi appelé "son de bokashi" — est le deuxième élément indispensable. C'est un mélange de son de blé, de mélasse et de micro-organismes efficaces. Vous le saupoudrez sur chaque couche de déchets pour lancer et maintenir la fermentation.

Comptez environ 10-15€ le kilo. Un kilo dure 2-3 mois pour un foyer de 2-4 personnes.

Budget réel à prévoir

Voici ce que représente le bokashi en termes de coûts :

Élément Investissement initial Coût annuel
Kit 2 seaux 80-120€
Activateur (4-5 kg/an) 15€ 50-60€
Total 95-135€ ~55€/an

C'est un investissement qui se rentabilise si vous considérez la valeur de l'engrais produit et la possibilité de recycler vos déchets organiques tout en enrichissant la terre de votre jardin.

Mode d'emploi en 5 étapes

Utiliser un composteur bokashi est très simple une fois qu'on a compris le principe. Voici comment procéder au quotidien.

1. Préparer le seau. Au démarrage, saupoudrez une fine couche d'activateur au fond du seau. Cela permet de lancer le processus dès les premiers déchets.

2. Ajouter les déchets. Chaque jour, versez vos déchets de cuisine dans le seau. L'idéal est de les couper en petits morceaux pour accélérer la fermentation. Saupoudrez une poignée d'activateur, tassez bien pour chasser l'air, et refermez hermétiquement.

3. Récolter le jus. Tous les 2-3 jours, ouvrez le robinet pour récupérer le liquide de fermentation. Ne le laissez pas s'accumuler au fond du seau, sinon il pourrait provoquer des odeurs désagréables.

4. Laisser fermenter. Quand votre seau est plein, ajoutez une dernière couche d'activateur, fermez bien, et laissez fermenter 2 semaines sans ouvrir. Pendant ce temps, utilisez votre deuxième seau.

5. Utiliser le bokashi. Après 2 semaines, vos déchets sont transformés. Ils ressemblent encore à leur état d'origine (vous reconnaîtrez vos épluchures), mais ils sont chimiquement modifiés et prêts à nourrir le sol.

Le jus de bokashi : un engrais liquide puissant

Le liquide qui s'écoule de votre composteur est un concentré de nutriments. C'est l'un des bonus appréciables de cette méthode de compostage.

Comment le récolter et le diluer

Ce jus est très acide et concentré. Il doit toujours être dilué avant utilisation sur les plantes : 1 volume de jus pour 100 volumes d'eau, soit environ une cuillère à café pour un demi-litre. Utilisez-le une fois par semaine maximum, en arrosant au pied des plantes plutôt que sur les feuilles.

Utilisations au jardin et pour les plantes

Ce liquide dilué fait un excellent engrais pour vos plantes d'intérieur, votre potager ou votre jardin. Il apporte des nutriments facilement assimilables et des micro-organismes bénéfiques pour le sol.

Le jus non dilué a aussi des usages pratiques : versé pur dans les canalisations, son acidité dissout les graisses et les dépôts. Il peut également servir à éliminer les mauvaises odeurs dans les poubelles ou à activer un tas de compost traditionnel.

Que faire du bokashi fermenté ?

Après les deux semaines de fermentation, votre bokashi doit encore "mûrir" au contact de la terre avant d'être directement utilisable par les plantes. Plusieurs options s'offrent à vous selon votre situation.

Enterrer au jardin : c'est la méthode la plus simple si vous avez un espace extérieur. Creusez une tranchée de 20-30 cm, versez le contenu de votre seau, et recouvrez de terre. En 2-4 semaines, la vie du sol transforme cette matière organique fermentée en humus riche qui nourrit vos plantes.

Ajouter au compost : si vous avez déjà un tas de compost, ajoutez votre bokashi par-dessus et mélangez légèrement. Il servira d'activateur et accélérera la décomposition.

Fabriquer de la terre : vous vivez en appartement sans jardin ? Créez une "fabrique à terre" dans un grand bac. Alternez des couches de terreau et de bokashi fermenté, laissez reposer 4-6 semaines, et vous obtiendrez un substrat ultra-fertile pour vos plantes de balcon.

Donner à un voisin jardinier : de plus en plus de particuliers cherchent de la matière organique pour leur potager. Proposez votre bokashi sur des groupes locaux ou des sites comme ShareWaste.

Bokashi ou lombricomposteur : le comparatif

Ces deux méthodes permettent de composter en intérieur, mais le bokashi et le lombricomposteur présentent des différences importantes. Voici un tableau pour vous aider à choisir.

Critère Bokashi Lombricomposteur
Principe Fermentation par bactéries Digestion par des vers
Viande, poisson ✅ Acceptés ❌ Interdits
Produits laitiers ✅ Acceptés ❌ Interdits
Agrumes, oignons ✅ Sans limite ⚠️ Avec modération
Rapidité 2 semaines 2-3 mois
Résultat Pré-compost à enterrer Lombricompost prêt à l'emploi
Coût récurrent ~55€/an (activateur) 0€
Entretien Minimal Surveiller les vers

Le bokashi convient mieux si vous voulez composter tous vos déchets sans exception. Le lombricomposteur est intéressant si vous n'avez que des déchets végétaux et souhaitez un compost directement utilisable.

Les avantages du bokashi

Cette méthode présente plusieurs atouts qui expliquent son succès croissant, particulièrement en milieu urbain.

Le composteur bokashi est compact : il ne prend pas plus de place qu'une poubelle classique et se glisse facilement sous l'évier. Il est sans odeur tant que le couvercle reste fermé, ce qui permet de le garder dans la cuisine sans désagrément.

Il accepte tous les déchets de cuisine sans exception : c'est le seul système où vous pouvez composter légumes, viande, poisson et produits laitiers ensemble. Le processus est rapide (2 semaines contre plusieurs mois pour un compost classique) et produit deux fertilisants : le solide fermenté et le jus liquide pour vos plantes.

Les limites à connaître

Pour être complet, voici les quelques inconvénients à considérer avant de vous lancer.

Le coût de l'activateur représente environ 55€ par an, ce qui n'existe pas avec un compost classique gratuit. Vous pouvez fabriquer votre propre activateur maison, mais cela demande de l'anticipation.

Il faut un débouché pour le bokashi fermenté : sans jardin ni balcon, vous devrez trouver quelqu'un pour récupérer votre production ou utiliser la technique de la fabrique à terre en bac.

Deux seaux sont recommandés pour un usage fluide, ce qui double l'investissement initial (la plupart des kits incluent déjà les deux).

Questions fréquentes

Voici les réponses aux interrogations les plus courantes sur cette méthode.

Le bokashi sent-il mauvais ?

Non, un bokashi bien géré ne sent pas mauvais. À l'ouverture du seau, vous percevrez une odeur aigre-douce caractéristique de la fermentation lactique — un peu comme du vinaigre ou des cornichons. Si vous sentez une odeur fétide de pourriture, c'est le signe d'un problème : manque d'activateur, couvercle mal fermé, ou trop de liquide au fond du seau.

Peut-on l'utiliser en appartement ?

Absolument. Le bokashi a justement été conçu pour la vie urbaine. Son format compact et l'absence d'odeur en font la solution idéale pour recycler ses déchets organiques sans jardin. La seule question est de trouver que faire du produit fermenté : fabrique à terre en bac, voisin jardinier, ou point de collecte de biodéchets.

Où acheter un composteur bokashi ?

Vous en trouverez en jardineries (Truffaut, Gamm Vert, Jardiland), sur Amazon et sites e-commerce, dans les magasins bio (Biocoop) ou sur les sites spécialisés des marques (Organko, Hozelock). Les prix vont de 40€ pour un seau simple à 120€ pour un kit complet avec deux seaux et activateur.

Le bokashi est-il fait pour vous ?

Cette méthode de compostage est particulièrement adaptée si vous vivez en appartement ou avez peu d'espace, si vous voulez recycler tous vos déchets de cuisine sans tri compliqué, et si vous cherchez une solution rapide et sans nuisance.

Le seul frein réel est le coût annuel de l'activateur et la nécessité de trouver un débouché pour le bokashi fermenté si vous n'avez aucun accès à un espace extérieur.

Prêt à vous lancer ?

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