Le principe de la fermentation anaérobie
Le bokashi fonctionne par fermentation anaérobie, c'est-à-dire sans oxygène. Contrairement au compostage classique qui décompose les déchets organiques par combustion aérobie, le compost bokashi les transforme par acidification grâce aux micro-organismes efficaces présents dans l'activateur.
Cette méthode de compostage préserve les nutriments des déchets alimentaires. La température du seau atteint environ 40°C puis redescend à 20°C, contre 70°C pour un tas de compost traditionnel. Résultat : le bokashi conserve jusqu'à 95% de la masse initiale là où le compostage classique en perd une grande partie en CO2.
« La fermentation bokashi préserve ce que le compostage classique détruit : azote, carbone, micro-organismes. C'est tout l'intérêt de cette méthode. »
— Patrick, maraîcher bio
Phase 1 : le remplissage du seau (2 à 4 semaines)
La première phase correspond au temps nécessaire pour remplir entièrement votre composteur bokashi. Cette durée varie selon la quantité de déchets de cuisine que vous produisez au quotidien.
Pour un foyer de 2 à 3 personnes avec un seau de 15 à 20 litres, comptez généralement deux à quatre semaines de remplissage. Une famille nombreuse remplira le bac plus rapidement, parfois en une dizaine de jours seulement.
Pendant cette phase, déposez vos déchets alimentaires par couches de 3 à 4 centimètres. Tassez fermement pour chasser l'air et saupoudrez d'activateur bokashi après chaque ajout. N'ouvrez le seau qu'une fois par jour pour limiter les entrées d'oxygène qui perturberaient la fermentation.
Le liquide de fermentation commence à s'accumuler après quelques jours. Purgez-le via le robinet tous les deux à trois jours. Ce jus riche en micro-organismes devient un excellent engrais liquide pour vos plantes, dilué au centième dans l'eau d'arrosage.
Phase 2 : la fermentation complète (2 semaines minimum)
Une fois le seau plein, la vraie fermentation commence. Cette phase dure au minimum deux semaines, période pendant laquelle vous ne devez plus ouvrir le composteur.
Le couvercle doit rester hermétiquement fermé pour maintenir l'environnement anaérobie nécessaire au processus. Les micro-organismes efficaces travaillent en silence, transformant vos déchets organiques en matière fermentée sans dégager d'odeur désagréable.
Vous pouvez continuer à purger le liquide pendant cette phase via le robinet, sans ouvrir le seau. L'accumulation de jus au fond risquerait de provoquer de mauvaises odeurs si elle n'est pas évacuée régulièrement.
Comment savoir si la fermentation est réussie ?
Après deux semaines de fermentation, ouvrez le seau et observez. Une fermentation bokashi réussie se reconnaît à plusieurs signes.
L'odeur doit être aigre-douce, comparable à celle du vinaigre de cidre ou de la choucroute. C'est le signe que l'acidification s'est bien produite grâce aux bactéries lactiques.
Un dépôt blanchâtre en surface indique la présence de moisissures blanches bénéfiques. Ces champignons font partie du processus normal de fermentation.
En revanche, des moisissures noires ou vertes signalent un problème. L'air a probablement pénétré dans le seau, provoquant une putréfaction au lieu d'une fermentation. Dans ce cas, le contenu dégage une odeur de pourriture caractéristique qu'il faut éviter de confondre avec l'odeur aigre normale.
Phase 3 : la maturation en terre (2 semaines supplémentaires)
Le digestat obtenu après fermentation n'est pas directement utilisable. Son pH très acide (environ 3,5) brûlerait les racines des plantes. Une phase de maturation en terre est indispensable avant de pouvoir semer ou planter.
Au jardin ou au potager, enterrez le bokashi fermenté sous 10 à 15 centimètres de sol. Le contact avec la terre permet aux micro-organismes du sol de neutraliser l'acidité et de terminer la décomposition de la matière organique.
Attendez deux semaines avant de semer ou planter sur cette zone. Si vous plantez trop tôt, vos graines risquent de fermenter au lieu de germer, et les racines des jeunes plants seront brûlées par l'acidité.
Pour les cultures en pot ou en bac, mélangez le digestat à de la terre dans un récipient non hermétique. Laissez reposer quinze jours à l'air libre pour que le pH se stabilise, puis utilisez ce substrat enrichi pour vos plantations.
Tableau récapitulatif des temps de fermentation
| Étape | Durée | Ce qui se passe |
|---|---|---|
| Remplissage | 2-4 semaines | Ajout quotidien des déchets de cuisine |
| Fermentation | 2 semaines minimum | Seau fermé, transformation anaérobie |
| Maturation | 2 semaines | En terre ou mélangé à du terreau |
| Total | 6-8 semaines | Du déchet au sol fertile |
Peut-on raccourcir le temps de fermentation ?
Plusieurs facteurs influencent la durée du processus de fermentation bokashi.
La température ambiante joue un rôle important. Entre 20 et 30°C, la fermentation se déroule dans des conditions optimales. En hiver, dans une pièce fraîche, le processus peut ralentir légèrement. Évitez cependant de placer le seau près d'une source de chaleur qui pourrait favoriser la putréfaction plutôt que la fermentation.
La quantité d'activateur influence également la vitesse. Un apport généreux de son bokashi riche en micro-organismes efficaces accélère la transformation. À l'inverse, un dosage insuffisant ralentit le processus et augmente les risques d'échec.
La taille des déchets compte aussi. Des morceaux découpés finement (2 à 3 cm) offrent une plus grande surface de contact avec les micro-organismes et fermentent plus rapidement que de gros morceaux.
Malgré ces optimisations, ne cherchez pas à trop raccourcir les temps. Les deux semaines de fermentation représentent le minimum pour obtenir une matière suffisamment transformée. Une fermentation trop courte donne un digestat mal stabilisé qui risque de pourrir une fois en terre.
Comment gérer le temps avec deux seaux ?
Pour un compostage continu sans interruption, utilisez deux composteurs bokashi en rotation.
Pendant que le premier seau fermente (deux semaines seau fermé), remplissez le second avec vos déchets de cuisine quotidiens. Quand le second est plein, le premier a terminé sa fermentation et peut être vidé au jardin. Vous basculez alors : le second fermente pendant que vous reprenez le premier.
Ce système de rotation permet de ne jamais interrompre le cycle du compostage bokashi. Vos déchets alimentaires trouvent toujours un seau prêt à les accueillir, et vous disposez régulièrement de matière fermentée pour enrichir votre sol.
Et pour le bokashi de feuilles ou de jardin ?
Le bokashi ne se limite pas aux déchets de cuisine. Les feuilles mortes et les déchets verts du jardin peuvent également être fermentés selon le même principe.
Pour un tas de bokashi de feuilles d'un mètre cube minimum, la fermentation dure environ huit semaines. Les feuilles sont empilées en couches, tassées fermement et arrosées d'une solution de Microferm (micro-organismes efficaces liquides). Une bâche hermétique recouvre l'ensemble pour maintenir les conditions anaérobies.
Après huit semaines, le bokashi de feuilles peut être utilisé comme paillage au jardin. Une couche de dix centimètres répartie sur le sol nourrit la terre et stimule l'activité des micro-organismes.
Ce qu'il faut retenir
Le temps total du processus bokashi, du déchet frais au sol enrichi, s'étale sur six à huit semaines : deux à quatre semaines de remplissage, deux semaines de fermentation seau fermé, et deux semaines de maturation en terre. Ces durées sont incompressibles pour garantir une fermentation réussie et un digestat utilisable sans risque pour vos plantes.
La patience est récompensée : le compost bokashi ainsi obtenu conserve tous les nutriments des déchets organiques et apporte au sol une richesse en micro-organismes efficaces impossible à obtenir avec le compostage classique. Une méthode de compostage rapide comparée aux six mois d'un tas de compost traditionnel, et parfaitement adaptée à la cuisine en appartement comme au jardin.
Mode d'emploi complet
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